Publié le 11/02/2011 - Lu 3846 fois
La Médiathèque Elie Chamard accueille mardi 15 février (19h) Victor Bouadjio. Cet auteur français d'origine camerounaise présentera son dernier roman : "Les lucioles noires".Français d’origine camerounaise, Victor Bouadjio est docteur 3e cycle en électronique de l’Université de Paris XI (Orsay) et titulaire d’un Master d’informatique des systèmes des universités américaines de Laramie (Wyoming) et de Stillwater (Oklahoma). Après avoir enseigné pendant neuf ans dans le secondaire et à l’Institut Universitaire de Technologie de Nantes, il a créé les éditions Écrire Aujourd’hui et la revue Écrire Magazine dont il est le directeur.
Il partage son temps entre ces publications et l’Institut EBENA, une association basée en Anjou et qui œuvre pour le développement personnel des individus pour qu’ils acquièrent des compétences intellectuelles et professionnelles les rendant aptes à contribuer au progrès de l’humanité.
Victor Bouadjio a reçu le grand prix littéraire de l’Afrique noire 1989, avec Demain est encore loin (Ed. Balland). Il a écrit plusieurs essais dont Esclavage, 150 ans après (Institut du Monde noir, 1998) et un second roman, Le m’ba (L’Hèbe, 1999).
Expatrié en Afrique noire depuis plusieurs décennies, le Québécois Léopold Laberge a sauvé un enfant du pays d’une mort certaine. Devenu ingénieur, celui-ci lui voue en retour une gratitude éternelle. Et pour le lui prouver, il serait prêt à mourir. Mais il existe, ainsi va la vie, un sujet sur lequel les deux hommes affichent des positions diamétralement opposées : l’aide au développement de l’Afrique. Il faut aider l’Afrique par l’enseignement des lois divines et par le creusement de puits d’eau potable, dit l’un. Non, corrige l’autre, mon peuple est croyant depuis la nuit des temps. Il ne lui manque qu’une chose : le partage des sciences, des techniques et de tous les autres savoirs humains.
Le débat tourne vite au dialogue de sourds. Les positions sont devenues irréconciliables. L’ingénieur décide alors de bâtir des preuves matérielles tangibles attestant le lien de cause à effet entre l’assistanat qui est imposé à son peuple et l’exode massif qu’il subit et que rien ne semble pouvoir contenir. Il embarque avec des boat people africains, en vue d’un film documentaire pour donner la parole aux seuls qui savent pourquoi nous devions partir ou mourir.
L’entreprise aura indirectement, pour conséquence, l’entrée en matière d’un deuxième personnage : une fille de vingt ans qui raconte sa propre histoire dans un roman qui, écrit à la première personne, commence en Afrique, se déroule à Nantes et s’achève au Québec.
"Tout a commencé dans un Salon du Livre régional en France. Au cours de la cérémonie inaugurale, une importante figure politique improvise un discours émouvant devant une assistance enthousiaste et réceptive. L’élu proclame, en des termes vibrants dignes de Bossuet, sa grande passion et l’amour qu’il voue à l’Afrique noire dont, du reste, la littérature sera à l’honneur pendant les deux jours du salon.
Profondément ému, je sollicite avec empressement un rendez-vous avec l’élu. Je vais lui soumettre des projets mûris pour l’Afrique par des cadres français issus de l’immigration africaine. Je suis accueilli à bras ouverts. Notre entretien a, à peu de chose près, cette teneur :
– Vous rêvez d’une Afrique moderne dans les cinquante ans qui viennent, mon cher ami, me dit-il. Vous imaginez une Afrique pouvant parler d’égal à égal avec les pays du Nord, n’est-ce pas ? L’intention est louable, et je la respecte sincèrement. Mais… pour l’instant, quelle est l’urgence ? Les Africains ont faim et soif, ils ont beaucoup de maladies graves dont le sida. Et le plus dramatique, c’est que ces gens n’ont pas encore atteint le Moyen Âge… Je parviens péniblement à contenir ma surprise et, encore aujourd’hui, je me demande où je trouve des ressources pour lui répondre :
– Certes, mais ne pensez-vous pas que ce qui a le plus manqué à ces gens-là, c’est tout simplement le partage des savoirs, mais aussi le fait que les étrangers pensent et agissent à leur place ? Il me répond en se levant, mettant fin à l’entretien :
– Il y a du vrai dans ce vous dites, mon ami, mais vous savez… avec une foi solide comme la vôtre, on peut véritablement soulever des montagnes. Mais n’hésitez pas à revenir me voir quand vous aurez, vos amis et vous, progressé dans votre entreprise.
Ainsi est née l‘idée de ce roman. J’en porterai le projet pendant plusieurs années, en peaufinant au fur et à mesure le contexte et les personnages qui le porteront. Et, surtout, le personnage incarnant cet élu. J’avais déjà publié un premier roman, Demain est encore loin, dont le héros principal était un missionnaire canadien en Afrique. Pourquoi ne pas reprendre le même ? Ce que j’ai fait. Je l’ai recyclé, pour ainsi dire, et lui ai donné des contours nouveaux et plus précis, à tel point que je l’ai rencontré en vrai, un jour, au Québec (mais ça, c’est une autre histoire).
Ensuite, il m’a fallu mettre en opposition deux points de vue, l’un africain et l’autre occidental, bien entendu sur le thème du développement de l’Afrique. J’ai voulu irréconciliables les positions, et cherché longuement (et trouvé, je l’espère) le point de cassure nécessaire qu’il faut atteindre pour que les choses puissent changer en Afrique.
Le cadre du point de cassure, c’est l’exode des Africains vers les pays du Nord, ces "Lucioles noires" qui sont attirés par les lumières et les splendeurs des pays riches, et qui vont s’abattre et mourir contre des systèmes non découpés pour eux, à l’image des lucioles irrésistiblement attirées par les flammes dans lesquelles elles viennent périr."
Victor Bouadjio
Rencontre d'auteur – Victor Bouadjio
Mardi 15 février – 19h
Médiathèque Elie Chamard – salle Araya
Entrée libre

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