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La colère du Tigre

Archives - Cet article date de plus de 6 mois
Une pièce de Philippe Madras, mise en scène de Christophe Lidon
Vendredi 23 octobre 2015
Théâtre Saint-Louis - Cholet

Il est bien rare de rencontrer un texte qui parle de la longue amitié de deux hommes aux destins si magistralement ancrés dans l’Histoire. Ce tigre en colère n’en demeure pas  moins un  ami trompé et cet immense peintre si imposant par la qualité et les dimensions de son œuvre reste pour Georges l’ami qui ne tient pas ses promesses et pour nous, un homme en fin de vie qui perd ses moyens.

Alors quoi de plus réjouissant que de réunir pour les interpréter, deux grands acteurs qui savent par leurs parcours et leurs maturités nous toucher au cœur, laissant de côté pour un temps leurs puissances théâtrales pour privilégier l’humanité et la sensibilité forgées  par une amitié de si longue date. Quelquefois, le théâtre sait nous émouvoir par le récit  d’une histoire d'amitié enrichie par l’histoire de France et l’histoire de l’Art, et cela sans jamais nous perdre le long de ce long chemin que représente une vie d’homme.

Ainsi, la petite maison au bord de l’Atlantique, à la vie rythmée par les rendez-vous domestiques de la journée, deviendra le cadre d’un conflit intérieur bien plus complexe que le bras de fer officiel entre le peintre et l’Etat, son commanditaire.

Alors que sa vie file et que ses convictions l’ont éloigné d’une hypothétique vie dans l’au-delà, Georges Clemenceau est épris de la douce Marguerite. De son côté, Monet est en train de perdre ses moyens d’homme et d’artiste, et doit faire face à l’idée de mettre fin à son œuvre.

C’est cette nostalgie constructive, ce ruisseau de vie philosophe qui m’ont séduit dans l’écriture de Philippe Madral, donnant à tous l’occasion d’un travail fait de touches de  sensibilité et d’émotions presque... impressionnistes.

Philippe Madras - Auteur

J’ai longtemps voulu écrire une pièce sur Clemenceau. Plus je me plongeais dans mes lectures sur ce géant politique, plus l’homme privé me plaisait tout autant que l’homme public. Sa haine de l’argent et des honneurs; son amour des femmes et des arts; son sens de l’amitié; son courage moral et physique…

Amoureux délicat et esthète raffiné, grand connaisseur des arts orientaux et de la peinture de son temps, il avait pris la défense de ses courants les plus audacieux dans les  journaux  qu’il dirigeait.

Son amitié avec Monet me touchait particulièrement. Inséparables comme avaient pu  l’être Montaigne et La Boétie, il ne se passait guère de semaine sans qu’ils se voient pour déjeuner ensemble, quelles que soient leurs occupations. C’est en creusant cette amitié que j’ai été séduit par l’histoire peu connue de leurs rapports autour des Nymphéas.

En 1918, Monet - après avoir tiré le diable par la queue jusqu’à la cinquantaine - avait été découvert par les riches collectionneurs américains et japonais, et vu ses toiles grimper jusqu’à des prix faramineux, dignes de ceux d’un Picasso, d’un Van Gogh ou d’un Bacon aujourd’hui…

Désireux d’apporter à la France une contribution à la victoire, il avait décidé de faire don au pays de deux grands panneaux décoratifs représentant les nénuphars de son étang de  Giverny.

Clemenceau avait aussitôt perçu l’intérêt que Monet exposât, non seulement ces deux  toiles, mais l’ensemble de son travail sur ces Nymphéas (une vingtaine de toiles en cours) dans un seul et même lieu.

Séduit, Monet avait aussitôt fait généreusement don à l’État français de l’ensemble de  cette œuvre immense en gestation, en échange de quoi Clemenceau avait obtenu de la Direction des Beaux-Arts d’aménager à grands frais un Musée (l’Orangerie) pour  l’accueillir. Mais voilà que Monet, de plus en plus malade des yeux, se sentait devenir aveugle. Pris au piège de la promesse qu’il avait faite à son ami, il n’osait pas lui annoncer qu’il avait décidé de renoncer à finir son œuvre et qu’il ne voulait plus exposer ses Nymphéas au public. Pour temporiser, il se mit donc à refuser toutes les dates  d’inauguration que Clemenceau lui proposait. Ces tergiversations qui durèrent plus de deux années finirent par provoquer la colère de son ami. Furieux d’avoir fait engager par  l’État d’importantes dépenses inutiles, il le menaça de rompre définitivement l’amitié qui les liait depuis plus de soixante ans. C’est cette crise entre les deux hommes que raconte La Colère du Tigre.
Réunis pour quelques jours dans la modeste maison de pêcheur que Clemenceau louait  à l’année au bord de l’océan, les deux amis vont “vider leurs sacs”. Cette explication aussi orageuse que cocasse va se dérouler en présence de Marguerite Baldensperger, l’éditrice de Clemenceau, une femme beaucoup plus jeune que lui, à qui le vieux Tigre voue une passion dévorante et finira par se résoudre à déclarer sa flamme…

Au-delà de l’anecdote, j’ai vu dans ce huis clos le moyen de faire s’affronter au soir de leurs vies ces deux géants du siècle dernier autour des grands thèmes de l’amitié, de la  morale, de l’honneur, du sens de la vie, de la vieillesse… et de l’amour.

Plus profondément, il m’a semblé que ces deux grands rebelles, passionnés et intransigeants, irréductibles à toute concession aux modes et à tout désir de fortune ou de gloire, pouvaient encore nous donner aujourd’hui une belle leçon d’intégrité et de courage, aussi bien dans le domaine de la politique que dans celui de l’art.

Infos pratiques

La colère du Tigre
A 20h30, vendredi 23 octobre 2015

Théâtre Saint-Louis - Cholet

Durée : 1h55

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