Couleurs d'enfance : histoire d'une collection
Reportage
03/03/2026 - Lu 45 foisVoix off
Plongez à travers les époques, les couleurs, les matières, les accessoires.
Couleurs d'Enfance va vous transporter dans l'histoire passionnante du costume d'enfant.
Glanée pendant plus de 40 ans par Thierry Grassat, collectionneur et expert en mode ancienne, cette collection est d'une grande richesse et très rare.
Elle est aujourd'hui la propriété des Musées de Cholet, dont le Musée du Textile et de la Mode.
C'est le seul musée en France à être spécialisé dans la mode enfantine.
Un choix qui s'est imposé au fil des évolutions textiles du bassin choletais.
Alors, comment en est-on arrivé là ?
D'où viennent tous ces costumes?
Laissez-nous vous raconter l'histoire de Couleurs d'Enfance.
C'est ici, dans cette grande pièce, que Thierry Grassat conserve sa collection.
Des centaines d'objets, de costumes, d'accessoires de mode adulte et enfantine.
Après des dizaines d'années à collecter à travers le monde des pièces en couleurs, il a décidé de s'en séparer.
Toute la mode enfantine a été acquise par Cholet Agglomération.
Alors, pour les agents des Musées de Cholet, il faut tout référencer, photographier, mesurer, étiqueter avant de les récupérer.
Au total, ce sont plus de 800 pièces du 18? siècle à la fin des années 50 qui vont compléter la collection du Musée du Textile et de la Mode.
Dominique Zarini, Chargée d'étude des collections et commissaire de l'exposition "Couleurs d'enfance"
La rencontre avec Thierry Grassat, elle s'est faite, je pense, au moment d'une vente aux enchères.
Il vendait une petite robe que je suis donc allée voir à Paris.
Et en fait, j'ai appris qu'il n'habitait pas très loin et qu'il collectionnait des vêtements.
Et donc à un moment, il m'a invitée à venir le voir.
J'ai mis du temps, j'ai mis plusieurs mois avant de passer le voir un jour et de découvrir la collection.
Et j'étais un peu ahurie en fait, de la richesse des pièces.
Voix off
Une prise exceptionnelle pour le Musée du Textile qui a du mal aujourd'hui à acquérir de nouvelles pièces.
Dominique Zarini, Chargée d'étude des collections et commissaire de l'exposition "Couleurs d'enfance"
C'est une fois dans sa vie qu'on tombe sur une collection pareille et en une seule fois.
Aujourd'hui, quand on veut des pièces du 19? , elles sont devenues extrêmement chères en vente aux enchères.
Parce que le phénomène d'Internet permet que tout le monde ait accès à cette vente aux enchères partout dans le monde.
Donc tous les collectionneurs, quand la vente est spécialisée, sont présents ou en virtuel et donc les prix montent, montent, montent.
C'est vraiment devenu compliqué et ça veut dire qu'en fait la collection a du mal à s'enrichir de pièces anciennes.
Thierry Grassat, Collectionneur et expert en mode ancienne
Et ça, c'est ce qu'on appelle un bourrelet.
Un bourrelet, en fait, c'est un truc qu'on mettait sur la tête des enfants pour si jamais ils tombaient, pour ne pas qu'ils se fracassent le crâne.
Et on a retrouvé un tableau de Dubufe avec l'enfant qui porte quasiment la même chose.
Et là on est dans les pièces rarissimes.
Ça fait 40 ans que je fouine un peu partout parce que personne ne s'en occupait.
Ce qui m'intéresse là-dedans, ce qui m'a toujours intéressé, c'est plutôt la sociologie du costume que le tissu lui-même.
Je trouvais qu'il y avait des pièces à sauver.
Je ne voulais pas que ce soit découpé par des refaiseuses de robes de poupées, comme je vous le disais.
Et puis bon, après c'est facile, avec le métier que j'ai, je pouvais très bien vendre ma collection aux enchères.
C'est mon métier.
Voix off
Mais plutôt que de voir sa collection se répandre aux quatre coins de la planète, Thierry Grassat a préféré Cholet.
Un choix guidé par l'envie de transmettre, de valoriser et de montrer toutes ces pièces d'exception.
Alors forcément, c'est avec une certaine émotion qu'il la regarde partir.
Thierry Grassat, Collectionneur et expert en mode ancienne
Quand lundi tout va être parti.
Ça va être compliqué parce que c'est 40 ans de ma vie, mais qui vont aller à un endroit où je sais que ça va être remis en valeur, que ça va être protégé.
Et c'est le seul musée en France qui existe sur le costume d'enfant.
Donc là, moi, je suis ravi.
Voix Off
Mais des précautions s'imposent avant que la collection ne rejoigne les réserves des Musées.
Françoise Pineau, Régie des oeuvres
Alors là, nous transportons la collection vers un atelier de restauration pour s'assurer qu'on n'emmène pas de mites, de larves d'insectes qui pourraient infester les réserves.
Donc c'est une mesure de sécurité, en fait.
C'est ce qu'on appelle de la conservation préventive.
Voix off
Donc, direction la Touraine où Laurent Orry, responsable technique de l'entreprise 3PA, les attend pour réceptionner les pièces.
Pendant un mois, elles vont être enfermées dans cette chambre étanche pour être traitées par anoxie.
Laurent Orry, Responsable technique de l'entreprise 3PA
C'est un processus assez simple.
Dans l'air ambiant, on a 80% d'azote, 20% d'oxygène.
On rejette l'oxygène, on ne garde que l'azote et l'azote est injecté en permanence dans la chambre que vous voyez derrière.
Tous les objets qui vont être à l'intérieur vont se retrouver dans une atmosphère sans oxygène, et les insectes qui seraient éventuellement présents vont mourir par asphyxie, par manque d'oxygène.
C'est une méthode de préservation, tout à fait, pour éviter la prolifération d'insectes de manière importante et la dégradation des objets en soi.
Voix off
Un mois s'est écoulé.
La collection est prête à regagner les réserves du Musée.
Précautionneusement, les portants sont amenés par les équipes du Centre Technique Municipal venues en renfort pour l'occasion.
Avant de les ranger, les agents de conservation vont pouvoir les observer sous toutes leurs coutures.
Déterminer l'époque, le style, la façon...
Mais surtout constater l'état, les manques, les marques d'usure.
Toutes ne pourront pas être restaurées dans l'immédiat.
Dominique Zarini a donc dû choisir celles qui seront exposées et une fois sélectionnées, elles sont examinées sur site par Angélique Durif, l'une des restauratrices d'art choisi pour travailler sur la collection.
Angélique Durif, Restauratrice, conservatrice du patrimoine spécialisée dans le textile
Là, par exemple, on voit qu'il y a une perte de la soie.
Dans un contexte d'exposition, peut-être que pour vous, ce n'est pas important qu'on remplace, mais on pourrait éventuellement remplacer, combler le petit bout de soie qui manque.
Dominique Zarini
Alors je vais être honnête, si c'est devant, j'aime bien que ça soit fait, si c'est derrière, c'est moins grave.
Et c'est devant.
C'est devant.
Ça me permet de voir avec vous.
Je peux peut-être me permettre de la présenter de profil.
C'est une possibilité qui peut nous épargner un coût important.
Voix off
Une fois le devis validé par les conservatrices, c'est ici, près de Rennes, qu'Angélique opère.
Elle va dépoussiérer, nettoyer, consolider et défroisser cinq pièces qui lui ont été confiées.
Angélique Durif, Restauratrice, conservatrice du patrimoine spécialisée dans le textile
Et le but, c'est de voir si ça apportera quelque chose visuellement.
On doit toujours avoir l'optique d'une réversibilité de ce que l'on va faire sur l'objet.
Dès qu'on a procédé à une consolidation, qu'elle soit d'ordre textile, avec des coutures ou bien adhésives, ça peut arriver, il faut qu'on puisse revenir dessus.
Que ce ne soit pas visible, lisible dans le rapport, qu'on voit ce que nous on a apporté en plus, mais que ce ne soit pas visible pour l'œil du public.
Et puis surtout de respecter l'authenticité du textile, de l'objet.
Donc ne surtout pas remplacer l'ancien, même très abîmé, par un tissu neuf.
Il faut vraiment conserver au maximum l'original.
Voix off
Pendant six semaines, Angélique a le privilège d'être en tête à tête avec ces pièces rares.
Au fil des manipulations, elle va découvrir leur secret, leur histoire.
Angélique Durif, Restauratrice, conservatrice du patrimoine spécialisée dans le textile
Cette étoffe a servi très vraisemblablement à la confection peut-être d'une robe ou d'une jupe, ou d'un manteau de robe d'une adulte.
Là, on voit très bien la ligne du pli et des coutures anciennes.
J'ai choisi aussi ce métier-là parce que c'est la seule approche palpable que l'on a avec les siècles passés, avec le temps passé.
Voix off
Pour valoriser ces vestiges du passé fraîchement restaurés, les équipes des Musées doivent imaginer la scénographie de l'exposition.
Créer des espaces qui vont révéler chaque costume.
Dominique Zarini, Chargée d'étude des collections et commissaire de l'exposition "Couleurs d'enfance"
La collection se compose de 800 pièces.
On va vous en présenter 80 tout de suite et dans quelques mois, on change les 80.
Donc vous en aurez vu 160.
Ça nous laisse quand même beaucoup de marge pour montrer énormément d'autres choses.
Là, par exemple, on n'a pas montré les chapeaux et on a une très belle collection.
On n'a pas montré de chaussures, donc les accessoires.
On n'a pas non plus montré les dessous qui étaient un thème qu'on a déjà travaillé.
On a des pièces fabuleuses.
Là, on a une queue d'écrevisse.
Enfin, on a vraiment des très belles pièces.
On a des tuyaux de modestie, enfin des choses rarissimes chez l'enfant.
Donc ça, on le réserve pour une prochaine fois.
Je ne vous dis pas encore tout.
Mais vous les verrez régulièrement ces pièces.
Voix off
Le rendez-vous est pris.
Mais en attendant, découvrez maintenant comment les enfants reflètent leur époque, leur classe sociale et même l'histoire politique de leur siècle à travers leurs vêtements.